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La sainte croix

Le vœu de pauvreté ou l’amour juré à la sainte croix étonne. Nous connaissons des amoureux de Dieu qui enseignent d’épouser la pauvreté pour le ‘meilleur et pour le pire’, afin de glorifier le Christ pleinement et sans distraction sur la terre des vivants. Ils enseignent aussi de rechercher les douleurs et de se loger dans les souffrances afin d’avoir la garanti immédiate du salut de Christ.

A l’examen de ces conseils à la lumière de la Parole de Dieu, nous nous rendons compte d’un fait : la préférence de la pauvreté ou l’amour passionnel de la croix n’a aucun impact sur le cœur de Dieu et ne l’incline pas à une compassion aboutissant au salut. Jésus-Christ a payé tout le prix de notre rachat et le salut de Dieu est totalement gratuit. Le salut n’est point un salaire rétribuant un mérite. Le salut de Dieu s’obtient gratuitement par la foi et seulement par la foi[1].

Quand l’homme est forcé de donner tous ses biens au nom du Christ, nous nous interrogeons sur telle suggestion car la libéralité chrétienne est volontaire et librement consentie[2]. Nous sommes réconciliés à Dieu par le sang de Jésus et sommes devenus des fils que Dieu prend en charge. Notre salut n’est pas dépendant de nos dons quoiqu’ils l’embellissent. Le chrétien est libre de gérer les finances que Dieu place sous son intendance selon la liberté de son cœur et rien ne devrait le contraindre. Il donnera librement à Dieu selon ce qu’il a arrêté de son propre chef. Que ce soit 100% ou 50% ou 10% de ses biens, il donnera avec joie, sans amertume et sans regret ; il donnera avec zèle et non avec contrainte. A condition d’être motivés par l’amour à l’égard de Dieu et du prochain, les dons et les sacrifices du chrétien n’ont aucune valeur[3].

Nous sommes appelés par Christ à porter tous les jours notre croix[4] et à le suivre. Certes ; mais l’Esprit de Dieu est notre partenaire et nous guide dans cette marche glorieuse ! En Christ, nous ne devenons pas esclaves de la croix. En tant que chrétiens, nous sommes plutôt esclaves du Christ. Dans cette démarche, nous sommes ses disciples ; chargés tous les jours de notre croix, nous croissons vers la stature de l’homme parfait sanctifié par l’Esprit de vérité et par la Parole de Dieu.

L’homme justifié, sanctifié et glorifié par le Christ est riche de tous les biens de Dieu et son vœu de pauvreté devient mépris de Dieu. Christ s’est fait pauvre afin que nous devenions riches ; l’imiter en se faisant pauvre n’a aucun sens. Qu’avions-nous quand Il nous a rencontrés ? Nous n’avions rien du tout car nous étions fils du péché et exposés à la colère de Dieu ; c’est par le Christ que nous sommes devenus riches.

En vérité, l’homme condamné que Dieu rachète par le sang de son Fils devient propriété de Dieu et ne vit plus pour lui-même. Dieu seul décide de la nature de la coupe à boire, pas le chrétien. S’il nous veut chef d’entreprise, gloire à Son nom. S’il nous désire pasteur et dépendant d’une assemblée chrétienne pour nos besoins, gloire à Son nom. S’il nous veut professeur d’université, gloire à son nom. S’il nous veut prospérer dans le commerce, gloire à son nom. La profession en elle-même importe peu, mais la soumission à sa volonté est l’essentiel. Dans chacun des cas, Il nous veut libres de disposer de nos biens et de Le glorifier selon la bonne disposition de nos cœurs, dans la joie et dans la paix, dans l’amour et dans la gratitude.

Souffrir tous les jours de sa vie parce qu’on a fait le vœu de pauvreté n’est point chrétien. Christ est venu offrir une vie abondante à ses fidèles et cette promesse touche tous les aspects de la vie. La croix n’est pas une idole à chérir et nous sommes vraiment désolés pour ses amoureux. Elle n’a rien de sainte pour que nous l’entretenions.

Est-ce parce que notre Sauveur y a été crucifié qu’elle est devenue sainte ? Nullement ! Etant en croix, Il était fait malédiction afin que nous héritions la bénédiction. La croix n’a été sainte ni avant, ni pendant que le Christ y était suspendu, ni après. Le seul mérite de la croix est le rappel à notre souvenir que sur elle, Christ nous a libérés des malédictions qui pesaient de tous leurs poids sur nos économies spirituelles, affectives et matérielles. En cela, c’est Christ qui est saint et qui mérite notre louange, notre adoration et notre célébration. La croix reste infâme et le chrétien priera quotidiennement pour que Dieu ne le soumette pas à la tentation, mais plutôt qu’Il le délivre du malin. Que Dieu nous garde d’être séduit par la pauvreté au point d’en faire notre sanctuaire.

Il est vrai que c’est sur la croix que nos fardeaux et nos malheurs sont tombés ; c’est sur elle que nous avons reçu le pardon pour nos péchés, c’est là que nous avons reçu la paix et la liberté. C’est là que nous avons été réconciliés à Dieu et sommes devenus héritiers du Royaume de Dieu. Cependant, étant devenus héritiers des bénédictions de Dieu, nous ne cultivons pas une nostalgie maladive pour le Christ en croix, mais nous célébrons et témoignons Celui qui a vaincu l’ennemi de notre bien-être ; nous louons et adorons Celui qui règne et règnera à jamais sur l’univers ; nous magnifions l’Agneau qui par son sacrifice apporte au monde la consolation et le salut.

Christ n’est plus sur la croix, mais Il est assis à la droite de son Père dans les cieux, revêtu de gloire et de majesté. Nous suivons le Christ glorieux, étant disposés à aller où Il nous enverra, étant disposés à Lui obéir malgré les contraintes que son chemin nous imposerait. Ce n’est pas à nous de Lui imposer notre croix-pauvreté.

A la croix, Christ a vaincu le voleur et le destructeur de nos biens spirituels, affectifs et matériels. Participants de cette victoire, le chrétien vit de ses trésors célestes ; et si la richesse ne doit en aucune manière l’obséder, la pauvreté non plus n’a autorité sur lui et ne peut l’assujettir. Le contentement[5] est le conseil divin adressé au chrétien.

Le contentement a en effet le pouvoir de nous garder dans la paix de Dieu et nous rassure que Dieu sait nous élever au meilleur moment afin que dans notre abondance, nous ayons de quoi soulager les besoins de l’église locale ainsi que les besoins de ceux qui sont dans la nécessité. Ce qui est bouleversant, c’est que dans bien de lieux où les vœux de pauvreté sont encouragés, se rencontrent des leaders rendus opulents par les miettes des pauvre-consacrés, et qui ne font aucun cas du bien-être spirituel du troupeau[6].

[Lire d'autres articles du même auteur]

[1] Ep 2.8-10 : Voir la note N° 130

[2] 2Co 9.7 : «Que chacun donne comme il l'a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

2Co 8.3 : «Ils ont, je l'atteste, donné volontairement selon leurs moyens, et même au delà de leurs moyens, nous demandant avec de grandes instances la grâce de prendre part à l'assistance destinée aux saints. »

[3] 1Co 13.3 : «Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. »

[4] Mt16.24-26 : «Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme ? Ou, que donnerait un homme en échange de son âme ? »

[5] 1Tm 6.6-10 : «C'est, en effet, une grande source de gain que la piété avec le contentement ; car nous n'avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n'en pouvons rien emporter ; si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira. Mais ceux qui veulent s'enrichir tombent dans la tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car l'amour de l'argent est une racine de tous les maux ; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments. » 2Co 9.7-8 : «Que chacun donne comme il l'a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Et Dieu peut vous combler de toutes sortes de grâces, afin que, possédant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, vous ayez encore en abondance pour toute bonne œuvre… »

[6] Za 11.15-16 : «L'Éternel me dit : Prends encore l'équipage d'un pasteur insensé ! Car voici, je susciterai dans le pays un pasteur qui n'aura pas souci des brebis qui périssent ; il n'ira pas à la recherche des plus jeunes, il ne guérira pas les blessées, il ne soignera pas les saines ; mais il dévorera la chair des plus grasses, et il déchirera jusqu'aux cornes de leurs pieds. »