Extrait de Tortures au Nom des Morts

Chers amis lecteurs, nous vous offrons sur Enfants du Paradis, un court extrait de Tortures au Nom des Dieux ; 2e histoire du Recueil de Nouvelles Embrouilles Spirituelles.

L’histoire met en avant le conflit culturel entre le culte des ancêtres et l’Evangile de Jésus-Christ. Peut-on concilier les traditions culturelles avec la foi chrétienne ? Si oui jusqu’où peut-on les rapprocher ?

Nous vous souhaitons une bonne lecture et attendons vos impressions dans les commentaires.

Dieu vous bénisse !

Couverture du livre

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Début de l’extrait

Avertie sur ce qui venait de se passer, maman fut envahie de sueurs. Elle tremblait et ne pouvait contenir ses pleurs. Le chapelet dans sa main droite, elle sortit de sa chambre d’où elle s’était retirée pour prier. Elle s’installa à la cuisine avec nous, mais ne fit aucun reproche à Kalba. Sa nervosité était cependant lisible et le comptage de son chapelet était irrégulier. Kalba quant à lui était calme et serein ; sa destruction du matelas était sans gravité et sa quiétude le montrait bien.

― Où vas-tu dormir Kalba ? lui demandai-je.

― Je dormirai à même le bambou, répondit-il sans émotion particulière dans la voix.

Juste après qu’il me répondit, un autre hibou traversa la cour, hurlant plus fort que le précédent, donnant l’impression d’un vol bas.

Il devait être sept heures du soir et le silence gagnait déjà le village. Maman, troublée et dominée par la peur, saisit le reste d’eau bénite dans sa main gauche. Elle souleva la lampe de sa droite et s’engagea vers sa chambre. Peut-être voulait-elle faire d’autres rites ou libations ? Kalba la stoppa net.

― Cesse de te fatiguer. Tu commences à m’énerver, dit la voix au travers de lui.

La voix n’était pas celle de Kalba. Elle ressemblait à la voix de papa. Instinctivement, maman déposa la lampe au sol, versa une bonne quantité d’eau bénite sur le chapelet et le lança violemment sur Kalba. Sans sourciller, Kalba ramassa l’objet de prière et le jeta dans le feu de bois qui était sous le repas du soir.

― Mon fils, comment peux-tu me faire ça ? demanda maman effrayée.

― Je suis ton mari et non ton fils. Si tu me respectais encore, tu n’aurais pas fait ce que tu viens de faire, rétorqua la voix qui parlait de la bouche de mon frère.

― Mon mari est décédé il y a bientôt trois ans. Celui qui est devant moi est mon fils, répondit maman avec défiance.

― Si tu étais si pieuse que ça, tu n’utiliserais pas un objet de prières pour faire du mal !

― Je voulais te chasser du corps de mon fils. Tu n’as pas le droit de gâcher sa vie. Il a droit aussi à l’avenir comme ses amis, répondit maman.

― Cesse de m’énerver, sinon tu comprendras que c’est moi qui t’ai donné cet enfant et j’ai le pouvoir de faire de lui ce que je veux.

― Tu n’es donc pas son père, mais le dieu voleur !

― Héééééé ! s’écria Kalba tenant un gros morceau de bois tiré du feu. Ça suffit ! Tu m’as assez défié ! dit-il dirigeant le bout brûlant vers le visage de maman.

Maman tomba à genoux et se mit à implorer la pitié de l’esprit. Kalba jeta le bois par terre et sortit en courant. Je le poursuivis mais je ne pus aller loin. Je distinguais la route avec peine et il courait aisément. Je l’appelai plusieurs fois, il ne répondit pas. J’essayai de le raisonner à rentrer ; il ne répondit rien. Je retrouvai maman criant et pleurant à la porte. Quelques voisins avaient accouru et maman qui pleurait ne leur disait rien de cohérent.

― C’est Kalba qui vient de s’enfuir, leur dis-je.

― Que s’est-il passé pour qu’il s’enfuie comme ça dans la nuit ? Et tout ce froid ! Comment va-t-il faire ? demanda Pa André, un des voisins.

Après une heure environ d’attente, il ne revint pas et certains voisins proposèrent de faire confiance à Dieu, tandis que d’autres suggérèrent d’aller immédiatement voir le notable qui était venu au nom des dieux le jour d’avant. Les augures des hiboux n’annonçaient pas la paix et il fallait agir vite. Maman fut sensible au deuxième conseil et insista que je courusse voir le notable. « Même s’il est couché, insiste. A quoi me servirait un enfant mort ? » lamenta-t-elle.

J’allai avec Pa André. Le notable était dans son salon ; il était en conversation avec quelqu’un et nous reçut avec peu d’intérêt.

― Il commence à se faire tard, dit-il, nous indiquant de la main de les rejoindre à l’intérieur.

― Bonsoir tonton, saluai-je.

― Vas-y, qu’est-ce qu’il y a ? répondit-il.

N’étant pas encore accoutumé au protocole des anciens, j’allai au but.

― Kalba s’est enfui depuis plus d’une heure environ. Personne ne sait où il serait allé. Nous sommes venus vous demander des conseils.

― Si vous êtes là pour le oui, rentrez chez vous, vous le trouverez à la maison. Si vous voulez lutter avec les esprits, nous n’avons pas cette coutume chez nous et je n’ai pas de conseils pour les rebelles. Le sort de ton frère est entre vos mains.

― Nous sommes d’accord ! Et c’est pourquoi maman m’a envoyé, répondis-je.

― D’accord ? D’accord pour quoi ? Vous êtes d’accord pour quoi ?

Je regardai mon accompagnateur, étonné par la question. Le notable reprit :

― Les dieux ne forcent pas les gens à les servir. Est-ce ta mère qui sera sa prêtresse, est-ce toi ? Vous n’avez donc rien compris.

― Dites-nous s’il vous plaît ! Aidez-nous à comprendre ce qu’il y a lieu de faire.

― Votre oui ramène votre frère à la maison. Allez le convaincre ; c’est à lui d’être d’accord avec les esprits, précisa le notable.

― Il aime beaucoup ses études et nous ne savons comment le convaincre.

― Ah ! Vous étiez d’accord ! Maintenant vous n’êtes plus d’accord ?

Le visiteur du notable éclata de rire :

― Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha! Les enfants !  Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ils ne comprennent rien de ces choses ! Les études ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! 

Le notable s’efforça de le freiner :

― Laisse-les mon ami, c’est dans les sissongos qu’il va faire les études ; encore si les dieux le laissent vivre ! (Sissongos : mot pour désigner des hautes herbes coupantes)

L’intervention dernière du notable me glaça les os et je dus forcer mon esprit à trouver la parole de salut appropriée :

― Nous ferons notre possible pour le convaincre. Nous reviendrons demain avec une réponse qui vous satisfera !

― Vous êtes fous ! rétorqua le notable. Vous n’avez rien compris jusqu’à présent. Je n’ai aucune affaire avec vous. Je m’efforce juste de vous aider. Les dieux vous ont tout donné et ils peuvent faire de vous ce qu’ils veulent.

A ces paroles que je trouvai méprisantes, je ripostai :

― Je suis désolé, c’est le Dieu des cieux qui nous a tout donné et Lui seul peut faire de nous ce qu’Il veut.

― Ah ! Vous ne viendrez plus demain donc ! Allez donc dans la brousse chercher votre frère. Votre père vous a gracieusement élevé avec les offrandes des sacrifices et vous parlez maintenant du Dieu des cieux ! Regarde-les ! Sortez de chez moi ! Ingrats ! Bande d’ingrats ! Informe ta mère de ne plus s’approcher du champ qui est derrière la case des fétiches ; c’est là que je l’ai aperçue hier. Y retourner pourrait s’avérer dangereux.

― Et mon frère ? demandai-je, contrarié et intimidé par l’allure que prenaient les échanges./

Fin de l’extrait

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